Agressivité et Familiarisation chez le chien

Si vous êtes alerté en tant que maître, vous avez entendu parler de l’importance de familiariser votre chien aux humains dans l’objectif d’éviter de voir apparaître des comportements indésirables tels que grognements ou morsures.
Dans un premier temps exposons les raisons pour lesquelles un chien en viendrait à mordre. Sachant que l’émotion sous-jacente avant une morsure est toujours la peur.
Un chien peut avoir des peurs « spontanées » sans qu’il n’y ait eu apprentissage ou que l’humain concerné n’est rien fait de particulier pour être accueilli par des grognements ou une tentative de morsure :
peur d’une gestuelle,
peur que l’on s’approche de lui,
peur quand on le touche,
peur d’une stature humaine particulière,
peur d’une voix trop forte,
peur quand on lui récupère sa gamelle,
peur quand on se lève d’une chaise, etc.
Un chien peut aussi avoir des peurs « acquises », il a appris à avoir :
peur qu’on lui fasse mal,
peur quand on l’attrape,
peur quand on saisit son collier ou son harnais,
peur quand on le repousse,
peur quand on le gronde,
peur quand on le sanctionne,
peur quand s’assoit près de lui sur le canapé…
Les peurs qu’elles soient spontanées ou acquises peuvent avoir des points communs, la différence est que l’une est spontanée (vous n’y êtes en quelque sorte pour rien ou pas grand-chose) et l’autre (vous y êtes pour quelque chose).
Mais un chien peut aussi être confronté à une peur spontanée qui, petit à petit par apprentissage lui a été confirmée et elle s’inscrit dans le temps et augmente en intensité et en fréquence. En d’autres termes, si au départ sa peur spontanée le poussait à fuir, l’apprentissage au quotidien l’a persuadé qu’il était préférable d’affronter ce qui lui fait peur en grognant ou en mordant.
Familiariser un chien aux humains, c’est prendre en considération que le regard posé par les chiens sur l’espèce humaine peut être variable en fonction de son sentiment de sécurité ou d’insécurité quand il interagit avec eux. Peu importe que ces humains vivent avec lui, qu’il les rencontre de façon occasionnelle ou régulière ou que ce soit de parfaits inconnus. Quand l’émotion peur ou le sentiment d’insécurité est ressenti une réaction arrive en suivant qui sera variable en intensité en fonction du contexte, du tempérament, des réactions des personnes présentes et de l’intensité de l’émotion ressentie.
Chaque chien étant unique, tous les chiens classent spontanément les humains dans différents tiroirs : Humain = ami, Humain = méfiance, Humain = ennemi potentiel, que ces humains vivent ou non avec lui. Un chien peut se sentir en sécurité dans ses interactions avec chaque membre de la famille de façon différente et dans le pire des scénarios se sentir en insécurité avec des membres de la famille et en sécurité avec des parfaits inconnus. Toutes les combinaisons sont possibles.
Dans la grande majorité, les chiots considèrent les humains comme des amis potentiels reste à lui confirmer au quotidien cette croyance. Si en grandissant dans un foyer, il adapte ses réponses en fonction des membres de la famille, c’est que chaque membre de la famille en fonction de la qualité de ses interactions avec lui, lui aura appris à modifier ses réponses. Il classera chaque membre de la famille dans ses tiroirs. Il en revient à la responsabilité de chacun des membres de changer de comportement avec le chien pour que le chien change lui aussi d’avis sur eux et donc de comportement.
Si un chiot est méfiant ou peureux avec les membres de la famille dès le départ et qu’il voit les humains de façon générale comme des ennemis potentiels ou qu’il s’en méfie alors il incombera dans un premier temps à tous les membres de la famille de le faire changer d’avis en faisant tout ce qui en votre pouvoir pour qu’il ait envie d’être ami avec vous. J’ai rencontré des chiens qui avait besoin de beaucoup de cadeaux pendant un laps de temps plus ou moins long pour se détendre et d’autres au contraire, qui a la réception d’un seul énorme cadeau (du poulet) se détendaient immédiatement et vous offraient leur amitié et leur entière confiance. A nous d’accepter l’individu qui est en face de nous et à nous de lui offrir ce dont il a besoin pour qu’il ait l’opportunité de changer d’avis sur nos intentions.
Familiariser un chien aux humains c’est donc lui apprendre que nous ne représentons pas un danger pour lui, c’est le laisser communiquer avec nous et lui renvoyer les bonnes réponses pour qu’il soit rassuré sur nos intentions, c’est lui offrir des cadeaux (friandises, activités, jeux, promenades…) en respectant ses demandes pour qu’il puisse se sentir compris et aimé. Unique condition pour ressentir cette émotion tellement apaisante qui est de se sentir rassuré et en sécurité avec l’autre ou les autres.
L’éducation doit passer par ces phases : communication, patience, respect et sentiment de sécurité. Les chiens apprennent vite et bien d’un côté comme de l’autre. Si tout ne peut pas être sous notre contrôle nous avons le devoir de repérer et de réparer les dommages ou séquelles au minimum avec les personnes avec qui le chien vit au jour le jour, c’est-à-dire les membres de la famille et ensuite de généraliser aux amis qui viennent nous rendre visite et aux étrangers occasionnels que nous croisons.
Si vous tentez d’aider votre chien et qu’il ne s’améliore pas ou si votre chien qui était confiant se met à adopter des comportements qui vous prouvent qu’il perd confiance dans ses interactions avec vous n’attendez pas, intervenez de suite en lui faisant changer d’avis ou faites appel à un professionnel travaillant dans le respect émotionnel, physique et psychologique des chiens.
Rappelez-vous que les premiers humains avec lesquels un chiot se familiarise et se fait une idée de l’espèce humaine c’est vous le ou les maîtres, vous ne pouvez donc pas demander à un chien d’avoir confiance aux humains en général si déjà dans son propre foyer ou pendant des cours d’éducation il ressent douleurs et insécurité. Ce qui est valable pour ce type de chien l’est d’autant plus pour ceux qui dès le départ n’avaient déjà à priori pas confiance en l’espèce humaine.
Catherine Collignon – www.centreanimalin.fr
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